Pourquoi est-il si difficile de penser à soi sans culpabiliser ?

« Je sais que je devrais ralentir… »
« Je sais que je devrais penser un peu plus à moi… »
« Je sais que je devrais dire non… »

Et pourtant…

  • Vous acceptez encore une nouvelle demande.
  • Vous rendez un nouveau service.
  • Vous repoussez encore votre rendez-vous médical.
  • Vous trouvez toujours une bonne raison de faire passer les autres avant vous.

Puis, le soir, vous vous dites :

« Pourquoi est-ce que je recommence ? »

Si vous vous reconnaissez dans ces situations, j’aimerais vous dire une chose importante, vous n’êtes probablement pas incapable de penser à vous, vous avez simplement appris, parfois depuis très longtemps, à penser d’abord aux autres.

Et ce fonctionnement, aussi épuisant soit-il aujourd’hui, a souvent eu une raison d’être.

Pourquoi cela arrive ?

Lorsque l’on traverse un burnout, beaucoup de personnes prennent conscience qu’elles ont tendance à trop en faire.

  • Elles veulent aider.
  • Être disponibles.
  • Répondre aux attentes.
  • Faire plaisir.
  • Éviter les conflits.
  • Tout gérer.

Longtemps, ces comportements sont même valorisés.

On nous dit que nous sommes dévouées, courageuses, consciencieuses, toujours présentes.

Alors, sans nous en rendre compte, nous finissons par croire que notre valeur dépend de tout ce que nous faisons pour les autres. Petit à petit, leurs besoins deviennent plus importants que les nôtres. Et nous nous adaptons encore et encore, jusqu’à parfois nous oublier complètement.

Ce fonctionnement porte un nom : la suradaptation.

La suradaptation n’est pas un défaut. C’est une stratégie que nous avons souvent développée très tôt dans notre vie pour être aimées, reconnues, éviter les conflits ou nous sentir en sécurité.
Le problème, c’est qu’à force de nous adapter à tout le monde, nous finissons parfois par ne plus savoir ce dont nous avons réellement besoin.

Comment cela fonctionne?

Notre cerveau aime les habitudes. Lorsqu’un comportement nous a permis, pendant des années, 

  • de maintenir de bonnes relations
  • d’éviter les tensions 
  • de recevoir de la reconnaissance, 

Il l’enregistre comme une stratégie efficace et avec le temps, cette façon de fonctionner devient presque automatique.

C’est pourquoi dire non peut sembler si difficile. Ce n’est pas seulement une question de caractère. C’est parfois tout notre organisme qui ressent une forme d’inconfort, comme si poser une limite risquait de mettre en danger la relation ou l’image que nous avons de nous-mêmes.

Alors nous continuons à dire oui, même lorsque notre corps nous murmure qu’il aurait besoin de repos.

La bonne nouvelle, c’est que ces automatismes ne sont pas une fatalité, ils peuvent évoluer. Mais avant de vouloir les changer, il est important de les comprendre avec bienveillance.

Comment reconnaître que cela vous concerne ?

Peut-être vous reconnaîtrez-vous dans plusieurs de ces situations.

  • Vous vous excusez facilement, même lorsque vous n’avez rien fait de mal.
  • Vous culpabilisez lorsque vous prenez du temps pour vous.
  • Vous avez du mal à demander de l’aide.
  • Vous acceptez des demandes alors que vous êtes déjà fatiguée.
  • Vous ressentez souvent les émotions des autres comme si elles étaient les vôtres.
  • Vous avez peur de décevoir.
  • Vous ne savez plus vraiment ce qui vous ferait du bien.

Si plusieurs de ces situations vous parlent, ce n’est pas une preuve de faiblesse.

C’est peut-être simplement le signe que vous vous êtes adaptée aux autres pendant tellement longtemps que vous avez perdu l’habitude de vous écouter.

Le premier petit pas

Aujourd’hui, je ne vais pas vous proposer d’apprendre à dire non, ce serait probablement trop difficile… et peut-être même injuste envers vous.

Je vous propose quelque chose de beaucoup plus simple.

La prochaine fois que quelqu’un vous demandera un service, ou que vous vous apprêterez à accepter quelque chose, accordez-vous quelques secondes avant de répondre. Prenez une respiration, puis posez-vous simplement cette question :

« Et moi… de quoi ai-je besoin aujourd’hui ? »

Vous n’êtes pas obligée de changer votre réponse, vous pourrez peut-être encore dire oui et ce n’est pas grave. Le premier pas n’est pas de modifier immédiatement votre comportement, le premier pas est de recommencer à vous écouter.

C’est souvent ainsi que la reconstruction commence.

Le regard de Nathalie

Pendant longtemps, je voulais simplement être une personne généreuse et dévouée.

  • J’aimais rendre service
  • J’aimais être présente pour les autres.
  • J’aimais organiser, aider, m’investir dans les projets qui avaient du sens pour moi.

Et je crois encore aujourd’hui que ce sont de belles qualités, mais le problème n’était pas là.
Le problème, c’est que je ne savais pas où m’arrêter. Je pouvais être épuisée, sentir que je n’avais plus d’énergie,  malgré cela, je continuais.

Je me souviens d’un épisode qui, avec le recul, résume parfaitement mon fonctionnement de l’époque. Je venais de subir une intervention chirurgicale, à cause de cette opération, j’avais pris du retard sur un projet que j’avais accepté d’organiser pour mon village. Le jour même de ma sortie de l’hôpital, alors que j’étais encore extrêmement fatiguée, j’ai passé une grande partie de la nuit à travailler pour que tout soit prêt à temps.
Aujourd’hui encore, quand j’y repense, je me demande :

Pourquoi ai-je fait cela ?

La réponse est simple, parce que je m’étais engagée et que pour moi, un engagement passait avant tout le reste… même avant ma santé. À l’époque, cela me semblait normal et je ne voyais pas que je m’abandonnais peu à peu.

Avec le recul, j’ai compris que je prenais soin des autres non par choix, mais par automatisme, comme si je n’avais jamais appris qu’il était tout aussi légitime de prendre soin de moi.

Cette prise de conscience a été difficile, parce qu’elle m’a obligée à regarder certains fonctionnements que je croyais être simplement « ma personnalité ».
Aujourd’hui, je continue d’aimer profondément aider les autres, je ne voudrais surtout pas perdre cette part de moi.

En revanche, j’apprends chaque jour à le faire sans m’oublier.
J’ai compris qu’il était possible :

  • d’être généreuse sans s’épuiser
  • empathique sans porter le monde sur ses épaules
  • présente pour les autres… tout en restant présente pour soi. 

Et je crois que c’est l’un des plus beaux cadeaux que m’a offert ce chemin de reconstruction.

Pour aller plus loin...

Pendant longtemps, j’ai pensé que je devais apprendre à dire non, aujourd’hui, je crois que la vraie question est différente. Avant de savoir dire non aux autres, il est souvent nécessaire de réapprendre à dire oui à soi-même.

Dans le prochain article, nous explorerons une autre étape essentielle de ce chemin :

Comment retrouver ses besoins, ses valeurs et construire une vie plus alignée avec qui l’on est vraiment.

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